La route 138 longe le Saint-Laurent vers l’est jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de route. C’est le trajet le plus simple à décrire du Québec — une seule ligne — et l’un des plus longs à parcourir, parce qu’on s’arrête tout le temps.
Voici les adresses gourmandes de la Côte-Nord qui valent le détour, dans l’ordre de la route : de la poissonnerie des Escoumins jusqu’au café de Natashquan, en passant par les microbrasseries de Baie-Comeau et de Sept-Îles, et par la chicoutai, ce petit fruit orangé qu’on ne trouve nulle part ailleurs.
Les Escoumins : la poissonnerie du bord de route
La poissonnerie Les Escoumins est le premier vrai arrêt de la route. On y trouve ce que le fleuve donne, et une partie de la liste ne dit rien à une Européenne avant qu’elle y goûte.
- Les crevettes — les crevettes nordiques, petites et sucrées.
- Le crabe, la vedette de la saison au printemps.
- Les bourgots, ces gros bulots du Saint-Laurent, fermes et iodés.
- Les mactres de Stimpson, une palourde à la chair rosée qu’on mange souvent crue.
Un resto-terrasse est attenant : on peut donc manger sur place au lieu d’acheter pour plus tard, ce qui est le meilleur choix quand on a encore des heures de route devant soi.
Tadoussac : le menu en cinq services de Chez Mathilde
Tadoussac est le village où le Saguenay rejoint le Saint-Laurent, et où l’on part observer les baleines. Chez Mathilde y propose un menu découverte en cinq services construit sur le terroir québécois.
C’est le repas que je placerais en début de voyage plutôt qu’à la fin : il donne les codes du terroir nord-côtier — les poissons, les petits fruits, les herbes boréales — qu’on retrouve ensuite partout sur la route.
Bergeronnes : la boulangerie et la chocolaterie
À Bergeronnes, La P’tite Cochonne est une boulangerie artisanale de tradition bretonne. Son kouign-amann est la raison de s’arrêter : beurre, sucre, caramélisation, et rien d’autre à comprendre.
Cent mètres plus loin, la Chocolaterie La Coqueline travaille les fruits de la région, dont la chicoutai. C’est aussi une halte chaude, ce qui compte plus qu’on ne croit sur cette côte.
Baie-Comeau : la microbrasserie St-Pancrace
La microbrasserie St-Pancrace est l’arrêt de Baie-Comeau. Sa bière au cassis est la plus demandée, et elle dit bien ce que fait la brasserie : utiliser les petits fruits nordiques plutôt que de copier les recettes du sud.
Sept-Îles : trois arrêts dans la même ville
Sept-Îles mérite qu’on y dorme, parce qu’il y a trois choses à y faire. L’Edgar Café Bar pour les fromages et les produits du terroir nord-côtier, avec vue sur la baie.
La Poissonnerie Fortier pour les pétoncles de la Minganie et une mousse de crabe qui a fait sa réputation. Et la microbrasserie La Compagnie pour finir la soirée, avec une carte de bières et des plats de pub.
Rivière-au-Tonnerre : la chicoutai et le fumoir
La Maison de la Chicoutai est consacrée à ce fruit orangé qui pousse dans les tourbières — la plaquebière, la même que les Scandinaves appellent mûre des marais. Confitures, liqueurs, tartes : tout y passe par elle.
Le Fumoir Le Goynish, lui, travaille le saumon : fumé, mariné, préparé selon des méthodes artisanales. C’est là que la boucle se referme avec ma cuisine — un bon saumon fumé, c’est trois recettes d’entrée réglées d’avance.
Natashquan : le café au bout de la route
Natashquan est le village de Gilles Vigneault, et pendant longtemps le point où la route s’arrêtait. Le Café L’Échouerie y regarde le Saint-Laurent, qui a pris à cet endroit une largeur de mer.
On y mange bien, mais ce n’est pas pour ça qu’on y va. On y va pour s’asseoir face au fleuve au moment où le soleil tombe, après plusieurs centaines de kilomètres de route, et pour comprendre pourquoi les gens d’ici disent « la mer » en parlant d’un fleuve.